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29 au 31 mai 2018

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L’architecture des Ehpad, la réponse à l’évolution rapide et importante du profil de leurs résidents


L’architecture, reflet du projet d’établissement de l’Ehpad

Les Établissements pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) doivent faire face à une évolution rapide et importante du profil de leurs résidents : plus âgés et de plus en plus atteints de pathologies neurodégénératives ou invalidantes. Dans ce contexte, l’architecture est mobilisée pour participer à la réponse, autant en termes d’agrément de vie que de prise en charge thérapeutique.

 

Un programme de construction d’un Ehpad dépend, bien entendu, de la surface financière et des intentions du maître d’ouvrage. Le légitime souci de rentabilité financière qui l’anime peut, certes, l’inciter à moduler la configuration de l’ensemble en privilégiant, à la marge, l’essentiel aux dépens de l’accessoire.

Non pas que le souci de diminuer les coûts de construction soit mû par la volonté de tendre vers une profitabilité maximale aux dépens du confort des résidents. Simplement, la conjoncture qui s’annonce verra sans nul doute les retraités de demain percevoir des pensions moindres que celles de leurs aînés et donc disposer en quelque sorte d’un pouvoir d’achat plus restreint.

D’où la nécessité de garantir l’équilibre financier de la structure sans pour autant (trop) restreindre la pratique d’activités au sein de l’établissement. Ce qui, tôt ou tard, serait évidemment mal vécu par les résidents et leurs proches. « On a beau concevoir des établissements qui soient très aboutis sur le plan architectural, s’ils ne disposent pas des moyens financiers et humains nécessaires, cela aura forcément tendance à plomber le projet », reconnaît Catherine Blaise, cofondatrice du cabinet CBXS.

 

Bienveillance architecturale

D’autant que, comme le rappelle Jean-Philippe Mengeot, architecte gérant du cabinet Mengeot & Associés« on assiste à une nouvelle tendance. En effet, on se rend compte de l’importance de l’architecture dans le traitement des différentes pathologies et le ralentissement de leurs effets. On sait qu’il n’y a pas que le traitement médicamenteux qui compte mais aussi le traitement extra-médicamenteux. ». Avec à la clef, l’émergence du concept de bienveillance architecturale. Ce qui impose de prévoir des zones d’activités et d’autres à finalité plus thérapeutique.

Plus précisément, c’est le projet d’établissement qui apporte, sur le plan architectural, une réponse à chaque fois différente pour accueillir les personnes dépendantes. « A titre personnel, j’en ai identifié trois types, recense Agathe Tournier-Desmesure, architecte associée au sein du cabinet TLR Architecture. Tout d’abord, une convivialité et une vie communautaire fortes avec une unité Alzheimer ouverte sur le séjour de l’Ehpad. Autre option, offrir le meilleur accueil possible pour chaque type de population mais séparées les unes des autres.

Enfin, troisième approche, celle qui consiste à dire que tôt ou tard, tous les résidents finissent par avoir des troubles du comportement et de la mémoire, si bien que chaque étage de l’établissement est considéré comme un étage Alzheimer avec, notamment, une déambulation autour d’un patio. »

Catherine Blaise note un autre changement de paradigme : « On parle toujours du confort des résidents. Or, la nouveauté, c’est de dire qu’il passe par le confort du personnel. C’est pourquoi l’on insiste de plus en plus sur la valeur d’usage, laquelle fait en quelque sorte office d’indicateur de qualité. Si tout est pensé pour le personnel, notamment en termes d’ergonomie de travail, afin qu’il parvienne à mieux effectuer ses gestes professionnels dans un espace optimisé, alors il sera plus détendu et le ressenti des pensionnaires s’en trouvera lui aussi bonifié. Il est essentiel de travailler sur cet équilibre entre confort de vie de l’habitat, ergonomie de travail et efficacité du soin. »

Ce qui implique notamment de détourner du mobilier de sa fonction première tout en l’intégrant dans l’habitat. Exemple : des étagères qui permettent à la fois de ranger des objets et de se tenir.

 

Autonomie, proximité et caractère domestique

Toujours est-il qu’en matière d’aménagement interne, la dépendance accrue des personnes âgées requiert des agencements précis. En particulier, « un nombre d’étages limité même si le plein pied a un coût élevé, des couloirs les moins longs possibles mais plus larges pour le passage de fauteuils roulants. Sans compter des espaces pour entreposer ces derniers », précise Jean-Philippe Mengeot.

De même, les angles morts, dans lesquels des résidents pourraient échapper à la vigilance des personnels, sont à bannir. En résumé, les circulations s’élargissent pour atteindre trois unités de passage, c’est-à-dire 1,80 mètre, tandis que les petits salons se multiplient afin que les gens puissent s’y reposer.

Dernier bouleversement, celui qui concerne les salles de bains personnelles. « On se rend compte que dans certains cas, elles ne servent plus à rien, en particulier pour les personnes très dépendantes, explique Catherine Blaise. Le sujet est très sensible. Même si cela serait une véritable révolution, il est question de les remplacer par des petits cabinets de toilette, ce qui libérerait davantage d’espace dans la chambre pour recevoir des proches, et de prévoir à la place des salles de bain collectives. »

Ces dernières offrent en effet un double avantage : faire en sorte que les personnels officient dans une espace plus grand et fonctionnel pour faire la toilette des résidents mais aussi comporter, parfois, une balnéothérapie qui agrémente le quotidien du résident.

En somme, l’enjeu est de résoudre l’équation alliant sécurisation des lieux tout en évitant de nourrir un sentiment d’enfermement. Dans cette optique, les concepteurs s’attachent en outre à inclure un maximum de zones lumineuses et ouvertes vers l’extérieur avec, par exemple, des baies vitrées ou l’accès à des terrasses, voire à des jardins extérieurs, lesquels font office de stimulation visuelle et encourage les résidents à se mouvoir.

Comme le suggère Agathe Tournier-Démesure, l’autonomie des résidents, la proximité avec les personnels et le caractère domestique de l’établissement sont les lignes directrices qui président plus que jamais à l’élaboration des Ehpad. Autant de questions et d’enjeux qui seront au cœur des salons et des débats de la Paris Healthcare Week de mai prochain.

 

 

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